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Sidi Amor Fayache : Le Saint Fou au corps dénudé !

Sidi Amor Fayache : Le Saint Fou au corps dénudé !

AU COMMENCEMENT UN FOU, ET PUIS SACRALISÉ, ON LUI ATTRIBUAIT DES

BIENVEILLANCES ET BÉNÉDICTIONS SANS ÉQUIVOQUE. AU MILIEU DU

BROUHAHA DE L’INCENSÉ, IL DISAIT JUSTE, IL DISAIT VRAI !

 

Sidi Amor Fayache était ce saint dont la particularité résidait dans sa nudité. Incompréhensible quand il prononçait des syllabes,

désordonné dans sa gestuelle, les visiteurs lui demandaient la charité de dieu. De la mère inquiète pour l’avenir de son enfant

qui passe un examen, à la jeune mariée qui voudrait déceler le sexe du bébé qu’elle porte, toutes étaient des femmes. Les hommes

étés bannis des visites, seules la gente féminine avait ce privilège dit-on.

Sidi Amor Fayache passait ses journées dénudé de tout vêtement, sa peau ne supportait aucun contact avec le tissu, il se trimbalait dans les ruelles de la médina en toute fierté. Ce saint-fou été emprisonné dans sa désinhibition, qui fût attribuée à la pureté spirituelle et à la place que lui vouait dieu !

Sidi Amor Fayache mourrait en lui, pour revivre dans l’espace. Les conteurs d’antan racontaient qu’il se baladait dans la rue tout nu ou parfois vêtu de vêtements déchirés en agitant ses mains dans touts les sens. D’ailleurs dans notre dialecte tunisien, nous

retrouvons cette métaphore pour décrire une personne agitée et qui gesticule avec un corps désordonné et en ébullition « شبيك

كيف سيدي عمر الفياش » ou parfois « شبيك تفيش » (tu te mets en spectacle).

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Le personnage de Sidi Amor Fayache s’opposait néanmoins à celui de Bourguiba selon certaines versions. Ce dernier a ordonné d’alterner le saint-fou à l’hôpital El Razi à maintes reprises. L’anecdote raconta que Sidi Amor Fayache arrivait à se défaire de ses chaines cadenassées au pied du lit pour s’enfuir.

Les femmes se ruait à la hâte à son domicile pour lui chanter des tirades et invoquer sa bénédiction en fredonnant « Sîdî Amayra en toi j’ai mis tous mes espoirs / tu es le foulard dont je me serre la tête / toi qui portes l’habit couleur d’abricot » selon Sophie Ferchiou (1972).

Ce personnage a bel et bien existé en Tunisie il y plus de 60 ans et ses funérailles eurent beaucoup d’échos dans toute la médina.

Certaines personnes croyaient dur comme fer en ses bénédictions jusqu’à ce que cela s’efface complètement de leurs rituels pour

s’ancrer enfin dans leur dialecte.

 

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